Recherche projet à financer
Force est de constater que nombre de programmes de financement sont en mal de projets de PME innovantes à accompagner. Autant d’opportunités à saisir comme l’explique Eric Chreiki, conseil en financement de l’innovation.
Vous êtes fondateur du cabinet conseil Victoya, membre de l’Association Syndicale Professionnelle des Conseils en Organisation et en Financement de l’Innovation (Ascofi), et à ce titre vous conseillez les PME : quelles aides financières peuvent-elles solliciter pour soutenir leur politique d’innovation ?
Eric Chreiki : Il faut d’abord souligner, au niveau européen et surtout français, que si l’investissement public est à un niveau comparable de celui des États-Unis, le niveau de l’investissement privé reste insuffisant pour atteindre les objectifs dits de la stratégie de Lisbonne en termes de croissance du PIB et de part de l’innovation dans le PIB.
Ainsi, les PME françaises ne se saisissent pas assez des nombreux avantages auxquels elles ont droit au-delà du Crédit Impôt Recherche ou des aides Oséo : programmes ANR, FUI, Eureka, Eurostars, PCRD, CIP… C’est pourtant grâce à l’innovation qu’elles pourront se développer et renforcer leur position face à une concurrence mondiale qui investit plus fortement. Il est vrai que les dispositifs d’aide sont nombreux, les guichets multiples et les démarches administratives toujours perçues comme contraignantes. Et pourtant ! L’Europe ne cesse de simplifier ses procédures pour faciliter l’accès des PME à ses financements et multiplient les incitations. De même, il devient de plus en plus intéressant de protéger sa propriété intellectuelle au niveau européen. Du côté des aides, pour résumer, le dirigeant de PME doit savoir qu’il peut obtenir couverture de plus de 50% et jusqu’à 75% du budget nécessaire à sa politique de R&D.
Seules les PME à forte culture technologique peuvent en bénéficier ?
Eric Chreiki : Pas du tout : une PME traditionnelle qui n’a aucune activité de R&D peut très bien soumettre un projet en vue d’un financement. Je dirais même qu’aujourd’hui les PME traditionnelles, financièrement solides et bien implantées, constituent un profil très apprécié. En effet, ce sont elles qui sont souvent les mieux placées pour valoriser ensuite une innovation. Un exemple : une société de casse automobile pourra exploiter une technologie – issue du monde académique ou d’un laboratoire public - permettant d’aboutir à une meilleure gestion des déchets ou à la production d’énergie ou de matériaux.
Autre exemple : une société de textile pourra tirer parti d’une nouvelle fibre capable de détecter un changement de température, ou même une chute de la personne portant le vêtement. On voit immédiatement l’intérêt pour l’assistance des personnes à domicile, dont le nombre va continuer de croître. En Europe et en France, on ne cherche donc plus forcément à financer les projets d’entreprises dites de « hautes technologies » mais des innovations conduites par des entrepreneurs visionnaires et déterminés. Et ils existent !
Les dossiers de demande de financement ne sont-ils pas trop nombreux ?
Eric Chreiki : En fait, on ne manque pas de projets de recherche : ce qui manque ce sont des projets collaboratifs tournés vers l’innovation et la mise sur le marché de produits et services porteurs, c’est-à-dire des projets associant des pôles industriels, académiques et des PME. Le rôle du consultant est souvent de mettre les forces en présence, de résoudre les difficultés administratives et d’accompagner le projet sur la durée. Notre rôle consiste aussi à mettre en relation le chercheur, la PME et l’industriel - lequel a le souci de ne pas gérer trop de projets dispersés. Tout cela en synergie avec les équipes d’Oséo, des pôles de compétitivité, de l’Agence Nationale pour la Recherche ou des acteurs régionaux.
En quoi les biotechs ont-elles un rôle particulier ?
Eric Chreiki : Les biotechs seront au cœur de l’équation économique et de la croissance de l’Europe, parce qu’elles se trouvent à la croisée des technologies et des enjeux économiques dans de nombreux domaines : chimie, énergie, santé, nanotechnologies… Ce sont les biotechs qui nous feront sortir du monde des hydrocarbures fossiles. Les applications des biotechs échappent maintenant au cadre de recherche pure pour venir dans le champ de l’innovation. Ainsi, on ne cherche plus seulement à améliorer les qualités nutritives d’une céréale mais, par exemple : à partir de la paille et de la lignine, on voudra produire de la pâte à papier, des alcools pour carburants verts ou des polymères pour de nouveaux types de médicaments moins polluants. Des innovations de rupture se profilent dans les biotechs, dont les PME européennes peuvent tirer de grands profits.



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