Concilier finances et développement durable

Publié dans : , - 05 août 2010

Le secteur financier devient un vecteur essentiel d’innovations économiques, sociales et environnementales. Entretien avec Michel Laviale, Président du Club Finance de l’ORSE (Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises).

Quelle est la part du montant investi en Investissement Socialement Responsable (ISR) dans le portefeuille total des Français ?

Michel Laviale : Environ 20 % de l’épargne des Français est placé en SICAV (Société d’Investissement à Capital Variable) et en fonds communs de placement (formant ensemble les OPCVM - Organisme de Placement Collectif en Valeurs Mobilières) dont près de 3 % est engagé sur des fonds ISR. Cette part, qui peut sembler encore très modeste, est en progression beaucoup plus rapide que la masse globale des capitaux épargnés. Pour les seuls particuliers, à la fin 2009, l’ISR représentait 15,6 milliards d’euros. Tous clients confondus, l’encours s’élevait à cette date à 50,7 milliards d’euros (contre 29,9 milliards d’euros fin 2008) selon les évaluations de Novethic.

Comment sont identifiées les valeurs éligibles à un fonds ISR ?

Michel Laviale : L’identification des entreprises éligibles à un fonds ISR repose sur la combinaison de deux analyses complémentaires :

  • L’analyse extra-financière consistant à identifier et valoriser les bonnes pratiques Environnementales, Sociales et de Gouvernance (ESG) des entreprises :Connaissance des grands enjeux de chaque secteur d’activité (par exemple la relation clients-fournisseurs dans la grande distribution, la protection de l’environnement pour un cimentier, la gouvernance pour une entreprise financière…)
  • Valorisation au sein de chaque secteur d’activité des entreprises répondant le mieux aux enjeux ESG (notamment à travers des rencontres régulières avec ces dernières).

Et l’analyse financière consistant à identifier et évaluer les entreprises les plus attractives d’un point de vue de financier.
La combinaison de ces deux analyses permet de formuler des recommandations sur les entreprises évaluées.

Et comment sont sélectionnées les entreprises dans un fonds ISR ?

Michel Laviale : A partir de cette double analyse, le gestionnaire du fonds achète ou vend des actions, des obligations ou des titres de créances d’entreprises pour composer le fonds ISR. Comme pour tout placement, il doit également tenir compte du contexte macro-économique (évolution des devises, des secteurs d’activité, etc.) dans le respect des contraintes et des règles de gestion spécifiées dans le prospectus du fonds. Nous disposons d’un guide 2010 des fonds ISR, gratuit et disponible sur téléchargement.

Quelles sont les obligations qu’un fonds doit respecter pour être qualifié d’ISR ?

Michel Laviale : Un fonds doit d’abord prendre en compte les 3 critères ESG de l’ISR dans l’analyse et la sélection de ses investissements. Il doit ensuite obligatoirement répondre aux exigences du Code de transparence AFG / FIR, disponible sur le site de l’AFG.

Existe-t-il un label garantissant qu’il s’agit bien d’un fonds ISR ?

Michel Laviale : Deux labels ISR coexistent. Le premier est attribué depuis 2002 par le Comité Intersyndical de l’Epargne Salariale (CIES qui regroupe les quatre organisations syndicales CFDT, CGT, CFTC, CFE-CGC). Il a été créé suite à la loi du 19 février 2001 sur l’épargne salariale et concerne exclusivement la labellisation de gammes proposées dans le cadre de l’épargne salariale. Le second label est délivré depuis 2009 par Novethic (filiale de la Caisse des Dépôts et centre de recherche sur l’ISR), et attribué aux fonds ISR proposés sur le marché français.

La finance s’attache également à innover. Peut-on en donner quelques illustrations ?

Michel Laviale : Le monde de la finance, au même titre que les autres secteurs, est concerné par la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) en tant qu’entreprise mais aussi pour le compte de ses clients. Cela passe notamment par l’orientation de l’épargne vers des fonds solidaire et de partage qui permettent de financer les entreprises solidaires. Parallèlement, les établissements bancaires adaptent leur offre en matière de financement et d’accompagnement pour répondre aux besoins diversifiés des entreprises en matière de croissance verte (Développement des énergies renouvelables, éco-innovation…). Ce même effort d’adaptation se pratique au niveau des particuliers via la commercialisation de produits comme le Livret Développement Durable et en matière de crédit grâce au prêt à taux zéro destiné à faciliter le financement des investissements des particuliers pour améliorer l’efficacité énergétique de leur logement.

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